Interview : « Prendre soin, c’est le quotidien des assistants familiaux. »

Qu'est-ce que la formation PSSM, notamment le « module jeunes » ?
C’est une formation de deux journées qui s’adresse à des adultes qui veulent apprendre à aider des jeunes qui ne vont pas bien. Elle a été conçue pour les aider à mieux répondre aux problèmes que les jeunes rencontrent. Cela passe par l’acquisition de connaissances sur la santé mentale et ses problèmes, qui surviennent entre l’âge de 11 et 25 ans. Les stagiaires apprennent une méthode, conçue et développée par PSSM France, une façon de pouvoir aider jusqu’à que des professionnels de santé puissent être mobilisés si la situation le nécessite.
PSSM France est la seule association qui porte ce programme au niveau national (voir encadré). L’association forme et accrédite ses formateurs. Les PSSM viennent d’Australie, il y a plus de vingt ans. En France, ils sont nés en 2019. C’est un programme normé que les formateurs s’engagent à dispenser, quels que soient le lieu et le profil des personnes.
À quel public s’adresse cette formation ?
C’est une formation dite « citoyenne », à l’instar des autres formations de premiers secours, comme le PSC1. Tout citoyen qui le désire peut s’engager sur le plan de la santé mentale. Le seul prérequis est d’avoir 18 ans. Les profils et les motivations des stagiaires sont divers.
L’association PSSM France
L’association PSSM France regroupe des experts qui interviennent dans les différents champs de la santé mentale, qu’il s’agisse du soin, de la prise en charge, des patients ou des aidants. Elle a été fondée par l’INFIPP, Santé mentale France et l’UNAFAM en juillet 2018. PSSM France, qui a obtenu, en 2018, une licence pour l’ensemble du territoire, a traduit et adapté le programme MHFA®. La première formation de secouristes a eu lieu fin 2019.
Après trois années d’activité, les retours des secouristes et la période de confinement attestent de la nécessité du programme PSSM tant en termes de santé publique que de vivre-ensemble. L’association vise maintenant à intensifier le déploiement de la formation. L’objectif est à la fois de mettre en place de nouvelles formations sur le territoire, de mieux en évaluer l’impact, mais aussi d’en programmer plus largement, notamment au sein des entreprises, afin de pouvoir compter un nombre toujours plus important de secouristes formés.
Comment êtes-vous devenue formatrice accréditée PSSM ?
Au cours de mon parcours professionnel, j’ai travaillé dans les domaines du social, du médico-social, de la protection de l’enfance. J’ai eu notamment à participer au recrutement et au suivi des familles d’accueil PJJ en Auvergne il y a une dizaine d’années. J’ai suivi la formation PSSM, puis celle de formateur PSSM, à l’issue de laquelle j’ai été accréditée.
Dans quel cadre avez-vous dispensé cette formation à des assistants familiaux ?
J’interviens en intra-muros pour des entreprises du secteur privée, des collectivités publiques, des établissements médico-sociaux, des services de la protection de l’enfance et de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). J’ai rencontré à plusieurs reprises des assistants familiaux, notamment dans le cadre de formations que j’ai animées pour des caisses primaires d’assurances maladie (CPAM) à l’intention des acteurs de leur territoire. Les centres nationaux de la fonction publique territoriale (CNFPT) sont aussi engagés et proposent la formation dans leurs catalogues.
Quelles sont les attentes et les besoins des assistants familiaux ?
Ces professionnels accueillent souvent des enfants, des adolescents qui ont eu des parcours de vie difficiles, que ce soient des négligences, des maltraitances, des ruptures… Ils se retrouvent face à des jeunes vulnérables face à la santé mentale.
Ils expriment aussi un grand sentiment d’impuissance et une crainte de mal agir ou de mal réagir.
Ils ont besoin de comprendre ce qu’il se passe chez ces jeunes et d’acquérir une méthodologie structurée pour pouvoir intervenir de manière assurée et efficace.
À quelles situations peuvent-ils être confrontés et quelles réponses trouvent-ils au sein de ces formations ?
Face à un jeune qui a une crise d’angoisse ou une attaque de panique, ils ne peuvent pas toujours bien identifier le problème. Ils peuvent être démunis sur le moment. La formation leur permet de reconnaître ce qu’il se passe, d’aider le jeune à retrouver un état de calme. Ils peuvent en reparler ensuite avec lui et l’aider à gérer ses prochaines crises.
Des assistants familiaux sont particulièrement confrontés à des scarifications chez les jeunes en souffrance ; ils en ont constaté sur le corps d’un jeune, ou ont un doute. Cette situation peut générer beaucoup d’inquiétudes pour l’assistant familial face à un mal-être associé directement à l’envie de mourir du jeune. La formation permet de mieux comprendre ce processus, s’il est associé à un risque suicidaire : comment réagir et accompagner le jeune ?
Je pense aussi aux troubles de la conduite alimentaire (TCA). Une assistante familiale était confrontée au comportement anorexique d’une jeune fille et relevait des tensions au moment des repas. Une autre constatait des disparitions de nourriture dans les placards, laissant soupçonner des épisodes de frénésie alimentaire chez un jeune homme.
Comment aborder alors les choses avec le jeune de manière bienveillante ? La méthodologie développée est basée sur la façon de mieux écouter le jeune dans ce qu’il vit et lui apporter des réponses. Il s’agit aussi de connaître ce qu’il faut éviter de dire, des paroles qui pourrait minimiser les troubles psychiques et culpabiliser le jeune.
En quoi cette formation est-elle pertinente pour les assistants familiaux ?
Ces professionnels font souvent part d’un sentiment d’isolement, alors qu’ils sont au quotidien face à ces situations de jeunes souffrant de troubles psychiques. Au cours de la formation, ils peuvent évoquer leurs questions, trouver des réponses. Ils ressentent un soulagement d’avoir des repères face à ces situations déstabilisantes. Il est important de constater, en groupe, que les questions qu’ils se posent, d’autres se les posent aussi.
Il s’agit de rompre l’isolement au quotidien.
En fin de formation, ils ont acquis un langage commun avec les professionnels qui gravitent autour du jeune, que ce soient des professionnels du social ou de la santé. En effet, partager un langage commun, c’est être pour les assistants familiaux, dans une meilleure coopération.
J’ajouterais que le rôle des assistants familiaux est notable dans le quotidien, dans cette première main tendue en direction du jeune lorsque cela ne va pas bien, notamment dans les débuts des troubles psychiques. Car, la première main tendue, c’est celle de l’entourage. Leur rôle est très important dans le « prendre soin », dans la santé mentale. J’aime distinguer le « soin » et le « prendre soin ». Ce qui est le quotidien des assistants familiaux.
L’aide et le soin aux enfants et adolescents en pédopsychiatrie et santé mentale
Dans son dernier rapport, publié le 6 février 2025, le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge rappelle que la santé mentale des enfants et des adolescents ne cesse de se dégrader et l'importance d'« une approche globale et préventive de la santé mentale, et d'agir à la fois en lien avec l'environnement familial et éducatif, comme soutien et partenaire, et sur l'environnement social, et numérique, des enfants et des adolescents (…) L'urgence est de changer de paradigme en inscrivant la santé mentale dans une approche préventive globale, et en portant une attention spécifique aux enfants en situation de vulnérabilité particulière : dans les Outre-Mer, envers ceux qui sont en situation de grande précarité, les enfants concernés par une mesure de protection ou les enfants en situation de handicap. Ce qui ne peut se faire sans la relance de l'attractivité des métiers de l'enfance et une pluralité d'approches, et leur coordination entre le secteur médico-social et éducatif à l'échelle du bassin de vie de l'enfant. »